S’étirer. Se contracter. Se recroqueviller. S’exploser.

C’est frustrant à quel point tout bouge, bien que je ne me sois jamais senti aussi immobile.

 

Plutôt difficile d’écrire quelque chose de satisfaisant pour ce mois-ci. L’optimisme fait avancer l’esprit, mais le quotidien se vautre dans une neutralité assourdissante. Dehors ça grouille de chaos, que j’arrive à appréhender par fragments. Un peu comme si je regardais à travers les carreaux d’une fenêtre.

 

Une chance que l’affection traverse le verre. Je vous en envoie.

 

Face à cette  réalité de contrastes violents, je vous offre deux “mini-playlists“ pour ce mois-ci.

 

Une sélection pour apprivoiser les instants brutaux.

 

L’autre, feutrée, pour délier le nœud de neurones qui s’alourdit.

 

 

Brutal

 

Je suis un peureux. Me faire peur volontairement, ça ne m’a jamais intéressé. Il y a cependant tellement d’amatrices.eurs de la « Spooky Season » dans mon entourage que je me suis dit que c’était simplement un genre cinématographique à découvrir. Par le plus heureux des hasards, un de mes saxophonistes favoris, Colin Stetson, a réalisé la trame sonore de Colour Out of Space, une adaptation d’une nouvelle de H. P. Lovecraft. La pièce Contact arrive en début du film annonçant les diverses ambiances à venir : notes aériennes sublimes que parasite une friture électronique. La musicalité suffocante de Stetson crée une expérience psychédélique incroyable.

 

À défaut de pouvoir profiter de la sueur cathartique d’un mosh pit, on peut presque entendre les gouttelettes de sueur marteler la peau des rockeurs américains Chris Corsano et Bill Orcutt sur l’explosif album Brace Up !. Ces improvisateurs féroces maltraitent avec un génie brutal la batterie (Orcutt) et la guitare (Corsano). Paranoid Time me semble complètement à propos comme titre pour décrire ces 85 secondes exténuantes.

 

La scène musicale autochtone canadienne est d’une diversité hallucinante. Iskwê propose un rock théâtral, grandiose et puissant. La production est un peu trop léchée à mon goût, mais la progression en intensité me charme à tout coup. La chanteuse s’associe à la puissance caverneuse de Tanya Tagaq pour donner une proportion épique à The Unforgotten.

Eloïse Foulon, Répertoire de formes #2, 2017, feutre noir sur papier, 21 x 28 cm

 

Feutré

 

Demi-finaliste à la toute récente édition des Francouvertes Karen Pinette-Fontaine, armée de son ukulélé, s’adresse à une personne ou à son passé durant la pièce Tes veines en canot. Elle tâtonne pour trouver  pardon pour réparer un tort dont on ne connaît pas la cause. Peut-être que de troquer le français pour l’innu afin de lancer sa plainte mélancolique est le début d’une piste de solutions.

 

Dans sa pièce J’irai Charlotte Brousseau se tient sur un pont en-dessous duquel gronde la rivière Yamaska. Un hommage qui prend les allures d’une longue prière fébrile. Ses soubresauts vocaux m’apparaissent à la fois précis et instinctifs. Une voix qui caresse, tout en pinçant comme le vent vivifiant d’une vallée fraîchement automnale; une force incroyable qui me fait penser à Kate Bush et Joni Mitchell.

 

Jazz et psychédélisme, c’est un mélange auquel je ne peux pas résister. Justement, la trompettiste et bugliste, Yazz Ahmed s’autoproclame grande prêtresse de jazz arabique psychédélique. Le remix de Ruby Bridges par Dj Plead s’imbrique mieux dans la playlist avec ses percussions syncopées, que l’originale se trouvant sur l’album Polyhymnia. Inspiré de la muse grecque Polymnie, protectrice de l’éloquence et des chants sacrés, Polyhymnia devient un portail musical ouvert sur un riche univers cinématique se développant en de longues pièces.

Eloïse Foulon, Sans titre, 2018, peinture acrylique, papier peint et crayon sur toile, 25 x 24,5 cm

Alors que les journées raccourcissent, le présent semble s’étirer à l’infini. J’espère que ces playlists vous aideront à regagner de précieuses minutes pour gueuler avec tendresse ou chuchoter sans compromis.

 

Bisous à distance (si vous le voulez bien)

 

 

-Dj Fromage-

 

Dj Fromage, aussi connu par l’alias “Julien St-Georges Tremblay”, est candidat à la maîtrise en histoire de l’art à l’Université Laval. Son mémoire porte sur l’interrelation entre l’art infiltrant et le territoire dans l’histoire du centre d’essai en art actuel du 3e impérial à Granby. Depuis 2013, il travaille comme médiateur culturel pour le MNBAQ, le Symposium d’art contemporain de Baie-St-Paul, le Mois Multi et plusieurs autres. À titre d’auteur, il écrit notamment pour les revues québécoises : Inter –art actuelCiel Variable et Vie des Arts. Il est également un critique musical pour les médias numériques Le Canal Auditif et Feu à Volonté.

 

Détentrice d’une maîtrise en arts visuels de l’Université Laval et du diplôme national d’arts plastiques de l’École supérieure d’arts et de design de Toulon, Éloïse Foulon vit et travaille à Québec. Ses oeuvres ont fait l’objet d’expositions individuelles et collectives au Roulement à billes, aux Ateliers du Réacteur, à la galerie Art Mûr et à l’ancienne École des beaux-arts de Montréal, entre autres. Elle participe à l’édition 2020 de la FAC de Saint-Lambert.

Dans les dessins et les tableaux d’Éloïse Foulon, l’espace de l’image est complexifié par l’intégration de formes colorées en aplats et superposées de lignes ou de grilles qui ouvrent à un espace hors-tableau. Les ambiguïtés des signes dirigent vers une déconstruction de notre rapport aux objets.

 

 

Publié le 28 octobre 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

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